Liste rouge des espèces menacées 2009 : la France  »en première ligne », selon l’UICN

Liste rouge des espèces menacées 2009 : la France  »en première ligne », selon l’UICN

Malgré des efforts de conservation, la dernière Liste Rouge de l’UICN recense plus de 17.000 espèces menacées d’extinction, soit 36% des espèces répertoriées. Avec l’Outre-mer, la France figure au premier rang des pays concernés. Détails.

L’édition 2009 de la Liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) des espèces menacées, publiée le 3 novembre, rappelle que l’objectif d’enrayer la perte de biodiversité en 2010 ne sera pas atteint par la communauté internationale. Ce répertoire comprend désormais 47.677 espèces dont 17.291 sont menacées d’extinction, soit 36%. Parmi ces dernières, 3.325 se trouvent dans la catégorie la plus menacée,  »en danger critique d’extinction », 4.891 sont  »en danger » et 9.075  »vulnérables » à l’extinction. L’édition 2009 montre que 21% de tous les mammifères connus, 30% de tous les amphibiens, 12% des oiseaux, 28% des reptiles, 37% des poissons d’eau douce, 70% des plantes, 35% des invertébrés répertoriés à ce jour sont menacés.

Ainsi, sur les 5.490 mammifères répertoriés dans le monde, 79 sont ainsi  »éteints » ou  »éteints à l’état sauvage », 188 sont  »en danger critique d’extinction », 449 sont  »en danger » et 505  »vulnérables ». Pour la première fois, le rongeur voalavo (Voalavo antsahabensis) apparaît sur la Liste rouge dans cette catégorie. Ce rongeur de Madagascar est confiné dans les forêts tropicales de montagne et est menacé par la pratique de la culture sur brûlis.

Les amphibiens et les poissons d’eau douce parmi les plus menacés

Le tiers des amphibiens est également menacé. En effet, parmi les 6.285 espèces d’amphibiens que compte la planète, 1.895 sont  »en danger d’extinction ». Parmi eux, 39 sont déjà  »éteints » ou  »éteints à l’état sauvage », 484 sont  »en danger critique d’extinction », 754 sont  »en danger » et 657 sont  »vulnérables ». La chytridiomycose, une maladie infectieuse provoquée par un champignon, touche un nombre croissant d’espèces d’amphibiens et complique les actions de conservation, explique l’UICN. L’organisation cite par exemple le cas du crapaud de jet de Kihansi (Nectophrynoides asperginis), localisé uniquement dans les chutes du Kihansi en Tanzanie, qui est passé du statut de  »en danger critique d’extinction » à  »éteint à l’état sauvage ». Par ailleurs, une autre maladie fongique, le chytride, a touché l’Ecnomiohyla rabborum, un batracien qui entre dans la Liste rouge dans la catégorie  »en danger critique d’extinction ». On ne le trouve qu’au centre du Panama, en Amérique centrale.

Près de 40% des poissons d’eau douce sont également menacés d’extinction, soit 1.147 espèces parmi les 3.120 répertoriées, due à la dégradation des ressources en eau. Cette année, 510 espèces menacées de poissons d’eau douce ont été ajoutées à cette Liste rouge.  »Les espèces vivant en eau douce ont pendant longtemps été négligées. Cette année, nous en avons de nouveau ajouté un grand nombre à la Liste rouge de l’UICN, et confirmons la menace élevée qui pèse sur de nombreux animaux et plantes d’eau douce », a averti dans un communiqué le directeur adjoint du Programme espèces de l’UICN, Jean-Christophe Vié. L’UICN s’inquiète particulièrement de la situation des poissons en Nouvelle Zélande où environ 85 à 90% des zones humides ont été perdues ou dégradées en raison des  »plans d’assèchement, ainsi que du développement de l’irrigation et des terres cultivables ». Le poisson garde-boue (Neochanna apoda) endémique est ainsi passé de la catégorie quasi menacé à vulnérable. L’ombre d’Australie (Prototroctes maraena), un autre poisson d’eau douce, est en revanche désormais considéré comme presque menacé, et non plus  »vulnérable », grâce aux efforts réalisés en matière de conservation comme la construction d’échelles à poissons placées sur les barrages leur permettant de remonter les cours d’eau.

Concernant les reptiles, sur les 1.677 reptiles répertoriés sur la Liste rouge, dont 293 ont été ajoutés cette année, 469 sont menacés d’extinction et 22 sont déjà éteints ou  »éteints à l’état sauvage ». La liste des espèces en danger comprend le varan de Panay (Philippines) menacé par  »la perte de son habitat du fait de l’agriculture et de l’exploitation forestière, et par les humains qui le chassent pour sa chair ». L’hydrosaure des Philippines (Hydrosaurus pustulatus) a fait également son apparition dans la Liste dans la catégorie  »vulnérable », également menacé par la perte de son habitat.  »Ses petits sont chassés intensivement pour le commerce d’animaux de compagnie et la consommation locale », souligne l’UICN. La situation des plantes et des invertébrés est également très préoccupante. Sur les 12.151 plantes suivies, 8.500 sont menacées d’extinction, parmi lesquelles 114 sont déjà  »éteintes » ou  »éteintes à l’état sauvage ». Tandis que parmi les 7.615 invertébrés répertoriés, 2.639 sont menacés d’extinction. Les scientifiques ont ainsi ajouté 1.360 espèces de libellules et demoiselles, ce qui porte leur nombre à 1 989, dont 261 sont menacées. Les scientifiques ont également ajouté 94 mollusques : 2.306 espèces sont évaluées parmi lesquelles 1.036 sont menacées.

Concernant les oiseaux, 1.227 espèces sont globalement menacées d’extinction, soit 12% de la totalité des oiseaux dans le monde. Le nombre d’oiseaux  »en danger critique d’extinction » atteint désormais 192 espèces, soit 2 espèces de plus qu’en 2008 : l’Erione à gorge bleue (Eriocnemis isabellae), victime de la déforestation en Colombie et l’Alouette d’Érard German (Heteromirafra sidamoensis), menacé par les changements de son environnement dans les plaines d’Ethiopie. Outre les espèces rares, l’UICN s’inquiète également de la disparition des oiseaux communs tel que le Martinet ramoneur qui a vu ainsi sa population baisser de 30% en dix ans.

Dans tous ces cas, les principales menaces pesant sur les espèces sont la dégradation des milieux naturels, la surexploitation, l’introduction d’espèces envahissantes, les pollutions et le changement climatique, rappelle l’UICN.  »Ces résultats ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Nous n’avons évalué pour l’instant que 47 663 espèces, alors qu’il en existe encore des millions qui sont peut-être sérieusement menacées », a déclaré Craig Hilton Taylor, de l’UICN.  »Les preuves s’accumulent sur la sévérité de la crise traversée », a de son côté souligné Jane Smart, directrice du Groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN.

La France parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées

Concernant la France, 778 espèces mondialement menacées sont présentes sur son territoire. Elle se situe ainsi au huitième rang des pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées dans le monde, avec l’Equateur, les USA, la Malaisie, l’Indonésie, le Mexique, la Chine, l’Australie, le Brésil et l’Inde. Cette situation est due principalement aux collectivités françaises d’Outre-mer qui se trouvent presque toutes situées  »sur des points chauds de la biodiversité » – Caraïbes, Océan Indien, Polynésie-Micronésie, Nouvelle-Calédonie – ayant perdu au moins 70% de leurs habitats naturels originels.

En Outre-mer, le dugong présent à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie est ainsi classé  »vulnérable ». La tortue luth en Guyane et la tortue des Antilles françaises sont toutes deux  »en danger critique ». De nombreux oiseaux sont  »en danger critique » comme le gallicollombe des îles Tuamotu en Polynésie française, d’autres sont  »vulnérables » à l’instar de l’albatros hurleur et le gorfou sauteur dans les Terres australes. Parmi les plantes, le kaori rouge et le kaori blanc, endémiques de Nouvelle-Calédonie, sont classés  »vulnérables » et le bois de catafaille noir de La Réunion,  »en danger critique ». En métropole, le vison d’Europe est classé  »en danger », le scarabée pique-prune  »vulnérable » et la biscutelle de Rotgès, petite plante endémique de Corse,  »en danger critique ».

 »La France porte une responsabilité de premier plan aux niveaux mondial et européen pour enrayer l’extinction de la biodiversité. A l’occasion de l’année 2010, décrétée Année internationale de la biodiversité par les Nations Unies, la France se doit de donner une nouvelle ambition à sa politique de préservation des espèces, à la hauteur des enjeux présents sur son territoire », a souligné le Comité français de l’UICN. Pour Jane Smart, directrice du Groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN,  »il est temps que les gouvernements commencent sérieusement à oeuvrer à la protection des
espèces et que ce sujet brûlant figure parmi leurs priorités l’année prochaine, car le temps presse »
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